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Séminariste pendant le Concile

"Au coeur de la foi..." Témoignage du Père André MERVILLE

Ce témoignage est celui d’un prêtre formé au grand séminaire de Cambrai au moment où furent donnés les premiers enseignements sur la liturgie à la lumière de la Constitution du concile Vatican II promulguée le 3 décembre 1963.
 
Permettez-moi de commencer par une confession : ce qui me reste de plus concret, c’est un très beau livre que m’avait prêté mon professeur de liturgie à cette époque : le moment n’est-il pas venu de songer sérieusement à le lui rendre ?… Ce livre de Louis Bouyer intitulé « Eucharistie » n’a pas pris une ride : il raconte l’enracinement de la liturgie chrétienne dans la liturgie juive et il décrit la grande variété des prières eucharistiques dans les traditions orientales. Au moment où j’écris ces lignes, j’ai sous les yeux l’introduction à la messe de ce jour en l’honneur de Saint Grégoire le Grand ; ce pape avait beaucoup travaillé à l’unification de la liturgie, si bien que son œuvre a tenu 14 siècles ! Rien d’étonnant à ce qu’il se soit produit de la casse lorsque le couvercle a sauté. Toutes ces tensions vécues à l’occasion des célébrations liturgiques ont profondément marqué ma génération. Mais il me semble que ces turbulences m’ont amené à rechercher les enjeux fondamentaux de la liturgie : puis-je vous partager les cinq points qui m’apparaissent aujourd’hui les plus essentiels ?

 

 

1.      Il s’agit tout d’abord de ne pas perdre l’acquis des conciles précédents : lorsque l’on célèbre les sacrements, le célébrant ne peut que s’effacer derrière Celui auquel il ne fait que prêter sa voix, son cœur et ses mains. Dans une liturgie chrétienne, c’est toujours le Christ qui s’adresse à son Père et qui s’offre à lui : nous ne pouvons que nous unir à sa prière.
 
2.      Le célébrant n’est plus obnubilé par sa messe à dire mais plutôt par une assemblée à présider. Et ce rôle de présidence contient le souci de conduire un peuple vers la profession d’une même foi. Comment un conglomérat rivé à des préoccupations individuelles va peu à peu devenir un peuple assemblé, une communauté d’intercession, un corps offert ? C’est un souci constant, si bien que la tentation est grande de vouloir dévisager l’assemblée, scruter la démarche des derniers arrivants pour y décrypter le poids les peines de la semaine. Etre trop tourné vers l’assemblée au début d’une célébration fait courir ce risque au célébrant, pourtant appelé lui aussi à se tourner vers son Dieu, au milieu de son peuple, pour accueillir le pardon.
 
3.      Depuis le concile Vatican II, nous ne cessons de redécouvrir la table de la Parole. Peu à peu, nous nous laissons éduquer à une manière d’écouter cette Parole en laissant place au silence : lorsque l’on permet à l’Ecriture de devenir la parole vivante que Dieu nous adresse dans l’ordinaire de notre vie, les membres de l’assemblée ne manquent jamais de nous dire combien cette Parole leur apparaît lumineuse, savoureuse, nourrissante, désaltérante, exigeante… Lorsque cette réciprocité existe entre le célébrant et l’assemblée, l’homélie peut devenir le moment où la parole commence à prendre corps. Je souhaite vraiment que l’homélie ainsi que toute l’animation liturgique naisse d’une écoute et d’un partage de la parole avec tous ceux qui vont en être les servants (lecteurs, psalmistes…). Ce désir semble de plus en plus partagé.
 
4.      Un de nos anciens évêques, Mgr Henri Jenny, avait contribué à ce que la réforme liturgique du concile Vatican II remette le mystère pascal au cœur de la célébration chrétienne. Au fil des ans, on s’aperçoit la réforme liturgique nous aura conduit à mieux accueillir la révélation de ce mystère de Pâques au cœur la vie quotidienne ; ainsi, chaque fois que je participe à une rencontre où des chrétiens partagent ce qu’ils vivent, mon ministère de prêtre se vit dans une plus grande attention à la présence du Christ en train de vivre sa Pâque au plus intime de toute situation qui attend un relèvement, une libération, une réconciliation. Et nous nous sentons d’autant plus encouragé à le croire depuis que le concile à osé déclarer, à trois reprises, que cette présence du Christ se réalisait mystérieusement en tout être humain, même non baptisé !
 
5.      Le dernier point que je me permettrais d’évoquer concerne un rebondissement inattendu de cette réforme liturgique, quatre ans plus tard. Car dès qu’on s’est mis à traduire le canon latin, on s’est aperçu que cette forme de pensée très marquée par le cadre institutionnel et juridique était devenue étrangère à une culture contemporaine davantage attentive au dynamisme de l’évolution. Cette attention à la mouvance de la vie qui manifeste le souffle de l’Esprit était beaucoup plus présente dans les anaphores orientales. Si bien qu’en 1967, le Pape Paul VI introduisit de nouvelles prières eucharistiques d’inspiration grecque et syriaque. Dans ces prières, le premier intervenant de la célébration, c’est l’Esprit Saint. Et la liturgie n’est plus tant une action à réaliser qu’une genèse spirituelle par laquelle nous nous laissons engendrer comme Fils du Père, par l’Esprit Saint, pour renaître à cette nouvelle vie ; plus concrètement et à mon niveau, j’ai pris conscience que c’est lorsque l’assemblée invoque la présence de l’Esprit Saint, qu’il m’est donné d’accomplir ma mission de rendre le Christ présent au milieu d’elle.

 

 

Pour ouvrir le débat, en tant que curé mais aussi en tant participant à la formation permanente, j’aimerais vous poser une question : selon vous, lequel de ces cinq points permettrait aux jeunes générations « d’aller » plus facilement «  au cœur de la foi » ?…
 

Père André Merville

Le 3 septembre 2003

Article publié par Yannick Lemaire • Publié Mercredi 24 oct 2007 • 2375 visites

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