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La nouvelle traduction du Notre Père

La nouvelle traduction du Notre Père entre en vigueur pour l'Avent 2017

Le Missel Romain édité en langue latine en l’an 2000 tarde à être traduit en français. Il faudra patienter encore un peu pour l’utiliser dans la liturgie. Cependant, les évêques de France ont prévu que, dès le premier dimanche de l’Avent 2017, la nouvelle traduction de la prière du « Notre Père » entrera en vigueur.

 

En réalité, seule la sixième demande a été l’objet d’une modification. Ainsi, les catholiques ne diront plus «Ne nous soumets pas à la tentation », mais « Ne nous laisse pas entrer en tentation ».

 

Comment comprendre ce changement ?

 

Pour commencer, nous voyons que le mot « tentation» traduit le mot grec peirasmon. Or la traduction par le mot « épreuve » serait presque plus appropriée. En effet, quand nous employons le mot « tentation », nous pensons à des tentations morales concrètes telles que celle de voler dans un magasin ou encore celle de regarder avec convoitise une jolie femme. Or le mot peirasmon fait plutôt référence non pas aux tentations journalières, mais à lÉpreuve avec un grand « É » qui est aussi la Tentation par excellence, à savoir celle de renier le Christ pour s’attacher à l’Esprit du mal 1.

On peut aussi relier cette « Épreuve » majeure qui menace l’homme, à celle décrite dans le récit de la Genèse lorsque Adam et Éve mangent le fruit de l’arbre pour devenir « comme des dieux » (cf Gn 3,1-7). L’épreuve-tentation devient alors l’aspiration à prendre la place de Dieu, ni plus ni moins 2.

 

Cependant, si on se contente de traduire le mot peirasmon par « épreuve », beaucoup risquent de comprendre que les épreuves sont les difficultés de la vie (maladie, chômage, souffrances quotidiennes etc. ...) ce qui n’est pas ici le sens théologique du mot «épreuve». Le choix qui est généralement fait par les traducteurs est donc d’utiliser le mot « tentation », tout en le laissant au singulier afin de ne pas retomber dans la vision réductrice des tentations quotidiennes.

 

Dans cette perspective, la phrase du Notre-Père traduite par les mots « ne nous soumets pas à la tentation » paraît plus compréhensible. Elle demande que nous n’ayons pas à subir cette épreuve majeure car nous nous sentons bien trop faibles pour la supporter. Mais comme elle peut laisser entendre à un public peu averti que Dieu interviendrait volontairement, presque sadiquement, pour que nous subissions l’épreuve de la tentation 3, les traducteurs francophones ont préféré remplacer la prière par les mots « ne nous laisse pas entrer en tentation ». D’autres traductions auraient également été possibles :« Garde-nous de consentir à la tentation » (Jean Carmignac) ou encore « Ne nous laisse pas emporter par l’épreuve » (Jean-Yves Leloup).

 

Quoi qu’il en soit il sera toujours nécessaire d’approfondir par une vraie catéchèse le sens de cette prière du « Notre Père » comme l’Église le fait, en principe, pour les adultes qui se préparent au baptême ou encore comme le propose le « Catéchisme de l’Église Catholique « qui commente pas à pas le « Notre Père » pour expliquer ce qu’est l‘authentique prière chrétienne (n° 2759 à 2863).

 

Abbé Bertrand ESTIENNE,

Service diocésain « liturgie et sacrements

 

 

1 Cette analyse permet de mieux comprendre le lien avec la demande suivante du Notre Père dans laquelle nous demandons « délivre-nous du Mal » (il faudrait même plutôt dire « délivre-nous du Malin (l’Esprit du mal) ».

 

2 Cf dans ce sens Albert ROUET Le Christ nous fait chrétiens, éditions St Paul, 1998 .

 

3 Dans le nouveau testament, St Jacques écrit que Dieu ne tente personne (Jc 1,13). Cependant, dans l’Évangile il est dit que Jésus est « conduit par l’Esprit au désert pour y être tenté » (Mt 4,1) ; mais dans le récit évangélique, la tentation correspond avant tout à l’épreuve majeure par laquelle Jésus doit absolument passer, à savoir l’affrontement avec les puissances du mal. Dans ce combat décisif, il s’agit de voir si l’amour du Fils de Dieu sera vaincu par la haine, c’est-à-dire si la haine prendra ou non possession du cœur de Dieu. Ce combat se déroulera de façon décisive sur la croix : Là, l’amour l’emportera sur la haine puisque sur la croix, Jésus pardonnera à ses ennemis.

 

 

Source : Journal D Tout C(h)oeur de juillet 2017 - (Le lien fraternel entre tous les acteurs de la liturgie du diocèse)

Article publié par Service com • Publié Vendredi 29 septembre 2017 • 975 visites

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