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Liturgie : ca bouge !

Ce que Vatican II a voulu faire bouger

Après la commémoration du 40ème anniversaire de la constitution sur la liturgie « Sacrosanctum Concilium », nous proposons aux internautes de cathocambrai de présenter quelques points forts de ce document et nourrir la réflexion sur nos liturgies actuelles.
 
 
La réforme liturgique de Vatican II fait souvent penser à la disparition de la Messe en latin et du chant grégorien, à l’autel face au peuple ou à une prétendue liberté d’adaptation dont chacun serait devenu détenteur. Or, dans le texte du concile proprement dit, il n’est question d’abandonner ni le latin, ni le grégorien; on ne parle pas non plus du retournement de l’autel; enfin il est précisé que nul ne peut s’arroger le droit de modifier la liturgie. Les points clés de la réforme liturgique sont donc ailleurs. J’en mentionnerai quatre.

 

 

PROMOTION DE LA PAROLE DE DIEU
 
 « Dans la célébration de la liturgie, la Sainte Ecriture a une importance extrême. C’est d’elle que sont tirés les textes qu’on lit et que l’homélie explique, ainsi que les psaumes que l’on chante; c’est sous son inspiration et dans son élan que les prières, les oraisons et les hymnes liturgiques ont jailli, et c’est d’elle que les actions et symboles reçoivent leur signification » (n°24 Constitution Sacrosantum Concilium)
        
La Parole de Dieu est à la source de toute la liturgie. Le rite s’enracine dans la Parole et, inversement, la Parole s’actualise dans les rites. Aussi, le concile cherche à revaloriser la célébration autour de la Parole. Les lectures ne sont pas une avant-messe, mais ce moment au cours duquel chacun prend de temps d’accueillir en son coeur la parole. Les rites de la liturgie de la Parole doivent aider à cette intériorisation:
           
« Ainsi, pour procurer la restauration, le progrès et l’adaptation de la liturgie, il faut promouvoir (le) goût savoureux et vivant de la Sainte Ecriture » (n°24 suite).
        
Beauté et noblesse du lieu de la Parole (ambon), qualité de la proclamation (lecteurs formés et ...sachant lire), mise en valeur du livre de la Parole (la Parole apparaît moins solide ou digne de respect si elle est lue dans … « Prions en Eglise »), tout cela contribuera à donner ce goût savoureux et vivant de l’Ecriture qui transformera les mentalités et les coeurs.
 
 
UNE PARTICIPATION DE TOUS A LA LITURGIE.
 
« Pour obtenir cette pleine efficacité, il est nécessaire que les fidèles accèdent à la liturgie avec les dispositions d’une âme droite, qu’ils harmonisent leur âme avec leur voix, et qu’ils coopèrent à la grâce d’en haut pour ne pas recevoir celle-ci en vain. C’est pourquoi, les pasteurs doivent être attentifs à ce que dans l’action liturgique, non seulement on observe les lois d’une célébration valide et licite, mais aussi à ce que les fidèles participent à celle-ci de façon consciente, active (actuose) et fructueuse » (n°11)
        
Il est clair que le concile, à la suite du Mouvement Liturgique développé dès le début du xxème siècle, cherche à rendre les fidèles participants à l’assemblée liturgique. Cela signifie d’abord que chacun se doit d’occuper sa place et uniquement sa place. Le prêtre n’est pas le chantre, le lecteur n’est pas le psalmiste, la chorale ne chante pas tout, le commentateur n’est pas l’homme-orchestre, l’organiste laisse une place au silence ou au chant vocal..etc…
 
Mais cela signifie surtout que chacun doit pouvoir vivre l’action liturgique de façon consciente et éclairée. Il existe parfois un malentendu sur le terme « participation active ». On en déduit volontiers que tous doivent avoir une activité spécifique à mener durant la célébration; un peu comme on essaye dans une fête d’école de faire « participer » tous les enfants. Ici, l’enjeu est différent : l’objectif est de faire en sorte que chacun prenne conscience de ce qui se passe dans la liturgie pour se laisser modeler par elle. Ainsi, le travail d’une équipe liturgique sera moins de préparer toutes sortes d’activités plus ou moins originales que de veiller à ce que, par la liturgie, chacun puisse être touché et transformé intérieurement.
 
 
DES RITES SOBRES, BREFS ET VRAIS
                        
« les rites manifesteront une noble simplicité, seront d’une brièveté remarquable et éviteront les répétitions inutiles; ils seront adaptés à la capacité des fidèles et, en général, il n’y aura pas besoin de nombreuses explications pour les comprendre » (n°34)
        
Lorsqu’on la compare aux liturgies orientales, la liturgie romaine (c’est-à-dire la nôtre) se caractérise par sa sobriété. Aussi, les Pères du Concile ont voulu restaurer une liturgie plus simple et plus limpide. L’objectif est de permettre que les rites parlent d’eux même. Plus ils sont clairs et dépouillés, plus ils seront signifiants et toucheront les coeurs. Cela ne veut pas dire qu’il faille les réduire à leur plus simple expression. Au contraire un rite simple ne marquera que s’il est bien déployé: « noble simplicité » ! Il devient alors indispensable que le rite soit vrai : l’office des Laudes ne se célèbre pas à midi; la nuit pascale se déroule...la nuit ! les chants ...se chantent (cf le Gloire à Dieu souvent récité); l’encensoir dégage une bonne odeur... En effet, un rite clair et simple ne supporte pas la contradiction entre ce que les paroles disent et ce que les gestes accomplissent. Dans ce cas, plus rien ne peut entrer dans les coeurs, car c’est l’harmonie entre les paroles et les gestes qui permet à la liturgie de s’imprimer dans la vie des participants.
 
  
LE DIMANCHE : HUITIEME JOUR DE LA SEMAINE ET JOUR PRIMORDIAL.
 
« L’Eglise célèbre le mystère pascal, en vertu d’une tradition apostolique qui remonte au jour même de la résurrection du Christ, chaque huitième jour, qui est nommé à bon droit le jour du Seigneur, ou dimanche.........
......Aussi, le jour dominical est-il le jour de fête primordial qu’il faut proposer et inculquer à la piété des fidèles, de sorte qu’il devienne aussi jour de joie et de cessation du travail » (n°106)
        
Le concile de Vatican II remet fermement en valeur le Dimanche. Il s’agit d’un axe essentiel de la réforme liturgique dont nous n’avons sans doute pas encore tiré toutes les conséquences. Jour de la résurrection, il est donc le jour béni sur lequel repose notre foi et notre espérance. Plus que jamais, dans notre époque dépourvue de repères, le Dimanche doit apparaître comme le jour qui exprime par lui-même notre foi en la résurrection du Seigneur. C’est cet évènement qui entraîne le rassemblement dominical des chrétiens; c’est encore la résurrection qui incite à faire du dimanche un jour original au cours duquel, dans les communautés, la joie et le repos éternel sont comme anticipés. Il reste à chaque communauté dominicale de faire preuve d’inventivité pour signifier, au delà de la seule célébration liturgique, cette atmosphère joie et de libération si caractéristique du dimanche chrétien et annonciatrice des temps nouveaux.
 
 
Père Bertrand ESTIENNE
Service diocésain de pastorale liturgique et sacramentaire

Article publié par Yannick Lemaire • Publié Mercredi 24 octobre 2007 • 2089 visites

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