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40 ans après "Sacrosanctum Concilium"

Témoignage de Monseigneur Jean LALLEMAND

Parmi les grands textes du Concile Vatican II, la Constitution sur la Sainte Liturgie "Sacrosanctum concilium" a très vite déterminé des changements dans la vie concrète de notre Église : abandon du latin et du chant grégorien, nouvelle disposition de l'espace intérieur de nos églises, nouveaux rituels pour la célébration des sacrements ...toucher à l'expression de la prière c'est engager la vie de foi sur des chemins nouveaux.

 

Le Service diocésain de pastotale liturgique et sacramentaire a demandé à quelques témoins de nous aider à faire mémoire du chemin parcouru.

 

 

 

 

Le 4 Décembre I963, il y a 4O ans, était approuvé le premier document de Vatican II, la "Constitution sur la Sainte Liturgie" par 1147 voix contre 4 "non placet".

 

 

Des voix autorisées ne manqueront pas de souligner les richesses du document. Mais il a été demandé à un nonagénaire d'indiquer bien simplement comment il a attendu et, à sa modeste place, préparé, accueilli et vécu le renouveau apporté par "Sacrosanctum Concilium".

 

 

De lointaines préparations

           

Alors que, bien souvent, la liturgie était considérée comme une série de rubriques réglant les célébrations, au Grand Séminaire de Cambrai, dès les lendemains de la Grande Guerre, les Pères Etienne GUIOT et Henry JENNY, initiés par leur maître Charles MARCANT, présentaient la liturgie comme la source authentique de la spiritualité d'Église et de la mise en valeur de la Parole de Dieu.

           

Déjà, en ces temps lointains, il nous était dit qu'il n'était pas de plus sûr chemin, pour découvrir Dieu, que de se laisser conduire par la liturgie pour trouver, dans la Bible, le message de la Foi. La prééminence de la prière liturgique nous était soulignée alors que le Séminaire des années 2O nous faisait réciter des "prières" héritées du siècle précédent.

           

Déjà étaient organisées des "Journées d’Église" et, dans la semaine religieuse" paraissaient de "Simples notes" signées H.J. qui présentaient la liturgie du dimanche suivant. Mais le chemin à parcourir demeurait long. Tel doyen interdisait à son vicaire d'user, en Carême, de la possibilité de préférer les riches formulaires fériaux aux sempiternels formulaires des messes "De Beata" ou des messes quotidiennes pour les défunts.

 

 

Audaces des "jeunes prêtres"

           

Malgré le mur du latin et l'intangibilité des rubriques romaines, de timides essais ont été initiés. Lors de colonies de vacances et de camps scouts certaines "libertés" sont prises. Un prêtre, voire un laïc, lit en langue "vulgaire"(!), en français, au profit du peuple de Dieu, tandis que le célébrant lit, par respect pour les rubriques, le même texte à voix basse en latin. Parfois on entend même chanter en français "Seigneur, prends pitié" ou "Agneau de Dieu".

           

Alors que, pour les "gros morts", trois prêtres allaient chercher le corps à la maison et, après la messe, processionnaient tous trois au travers de la ville jusqu'au cimetière, une ordonnance diocésaine interdit, en ces circonstances, les "soit disant diacres et sous diacres" et prescrit qu'à tous les enterrements, même ceux des pauvres, un "prêtre commentateur" lise en français les textes bibliques et introduise discrètement la prière de l'assemblée.

           

Pour ceux qui "sentent" la liturgie toute occasion est bonne. Tel curé de village, à la grande surprise de ses enfants de chœur, utilisa le rite, jamais aboli mais totalement inusité, de l'immersion lors du baptême.

           

Le même curé, en I947, obtient du très conservateur Archevêque de l'époque, la permission "ad experimentum" de célébrer, au cours de la nuit de Pâques, la veillée pascale qui, alors, se célébrait au petit matin du Samedi Saint dans une église totalement vide. Tout un peuple de baptisés venus même des paroisses voisines, entraîné par les aînés du Petit Séminaire, renouvelait sa profession baptismale.

 

 

Les approches du Concile

           

Monseigneur Jenny dans la préface de la Constitution sur la Liturgie (édition du Centurion) parle "d'une longue période, presque séculaire, de réflexion". L'heure sonnait du passage de l'étape de la préparation à celle de la réalisation. Pour préparer le Concile, Jean XXIII a demandé à la Curie romaine de constituer des commissions préparatoires. Bien vite il apparaît que l'on a tout simplement ignoré les français. Bientôt est désignée une deuxième vague de commissaires parmi lesquels figurent les membres du Centre National de Pastorale Liturgique. Elle est éclatée en de nombreuses sous-commissions. Mgr JENNY appartient à la 13ème qui a pour mission d'étudier le "Mystère de la Liturgie". Notre évêque auxiliaire y a joué un rôle très important, ramant sans cesse pour qu'une réflexion centrale et doctrinale passe avant des discussions de détails sur l'utilisation du Gloria ou du rite du baiser de paix. Il s'est fait le "héraut" du Mystère Pascal dont il est traité dans 9 des I3O articles de la Constitution. Comment ne pas soupçonner le même P. Jenny d'être pour beaucoup dans la rédaction des articles 7 (la présence du Christ dans la liturgie) et IO (la liturgie "source" et "sommet" de la Foi) ?

 

 

La réception du message conciliaire

           

Il ne s'agissait de rien de moins que de faire prendre conscience aux membres du clergé et, par eux, à l'ensemble du peuple chrétien des modifications apportées aux rites mais surtout de laisser apparaître des horizons encore insoupçonnés.

           

D'ailleurs, dès avant le Concile, lors de la promulgation, par Pie XII de la semaine sainte restaurée, les membres de la commission diocésaine de liturgie s'étaient évertués à mettre entre les mains des prêtres divers documents polycopiés en attendant qu'arrivent les textes définitifs.

           

De même, au lendemain du Concile, pendant une année entière, la "Semaine religieuse de Cambrai" a proposé des tableaux pour la messe alliant la clarté et la profondeur doctrinale. L'auteur de ce travail était l'abbé Jean ROUSSEAUX qui mérite notre reconnaissance.

           

La fréquentation assidue des sessions annuelles organisées à Versailles par le Centre national de Pastorale liturgique, de fréquentes rencontres entre membres des commissions diocésaines de Lille, Arras et Cambrai ont contribué à organiser les efforts entrepris.

           

Bientôt, guidés par leurs professeurs, les promotions de prêtres de l'époque n'ont pas peu contribué à faire passer le message.

                                                       

                                               

Monseigneur Jean Lallemand

Article publié par Yannick Lemaire • Publié Mercredi 24 octobre 2007 • 3064 visites

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